Un peu d'histoire

Venthon : un peu d’histoire

Les quelques informations que nous possédons proviennent d’un ouvrage intitulé « Le Beaufortain » de Joseph GARIN.

Ne disposant pas de documents permettant d’infirmer ou de confirmer ses allégations, nous considérerons que ses sources sont crédibles.

 


Le nom de Venthon

VENTHON fut-il un marché romain ?

Le nom de VENTHON a pris, dans le passé, plusieurs formes successives, comme l’indiquent les vieux documents. Aux XIIIème et XIVème siècles, on écrivait : VENTZON, en 1184 ; Ecclesia de VENTHONE, en 1170 et en 1226. Ces deux formes se retrouvent du XVIème au XVIIIème siècles : Ecclesia de VENTONE, Jacobus Garini de VENTHONE supra Confletum, en 1520. On rencontre, plus tard, VANTON et VENTHON, en 1729, et enfin VENTOSE, en 1793.

VENTHON aurait la même origine que VENTAVON, dans les Hautes-Alpes. Dans VENTHON, la contraction de VENTAON en VENTON s’est produite plus tôt.

Le chanoine DUCIS donne une étymologie toute différente à cette appellation, bien que d’origine romaine aussi. Dans sa VALLE DE BEAUFORT, il écrit les lignes suivantes : « Les convives de Lucullus, qui ne dédaignaient pas le vin résiné des Allobroges, faisaient leurs délices des fromages ceutrons de VATUSICUM. On s’est épuisé en recherches inutiles sur cette localité. Il se pourrait fort bien, qu’au lieu d’un chalet ou d’une fromagerie perdue dans les Alpes, on ait voulu désigner le dépôt commercial où les Romains venaient s’approvisionner. N’est-il pas naturel que leur dépôt fût autrefois au plateau de VENTHON, à la sortie de la vallée, en face du pays des Allobroges ? VANTZON, comme on le lit dans plusieurs anciennes chartres, est le seul nom de localité qui puisse rappeler le VATUSICUM déformé de l’époque romaine. A l’époque gallo-romaine, ce marché aurait été transféré à la station des Publicains, ad Publicanos ; mais la féodalité l’aurait ramené à Conflans, qui se rattachait d’ailleurs à VENTHON, par le monticule fortifié de Montmélian ».

 


La commune et ses villages

La commune de VENTHON, voisine d’Albertville, son chef-lieu de canton et d’arrondissement, s’étend sur un  petit plateau fort gracieux, situé sur les pentes inférieures des flancs boisés de la Roche Pourrie, à 520 mètres d’altitude. La forme de son territoire, qui mesure environ 250 hectares, serait à peu près celle d’un triangle isocèle. A l’ouest, le cours de l’Arly formerait la base de ce triangle sur une longueur d’environ 800 mètres ; le blockhaus du Laitelet en serait, à l’est, le sommet, donnant ainsi à la commune une longueur de 3 km. Au nord, contre Césarches, la limite est constituée par le cours du Doron, sur une longueur de 1 200 mètres, et contre Queige par le ruisseau descendant du Laitelet, sur tout son parcours, qui est de 1 km et demi. La limite est tracée au sud par un petit ruisseau (le Staciez) affluent de l’Arly, et ensuite par une ligne idéale allant de sa source jusqu’au Blockhaus du Laitelet.

Les habitants du pays demeurent dans les villages du Doron, sur la rive gauche du cours d’eau de ce nom ; du Carroz, de Montmélian, de la Montée, du Laitelet, qui a donné son nom à un blockhaus.

 


L’église et les chapelles

VENTHON, comme tous les peuples heureux, n’a pas d’histoire, sauf au point de vue religieux.

Durant plusieurs siècles, la paroisse compta les habitants de Césarches parmi ces paroissiens. Nous dirons ci-après les phases de cette union et les raisons de la séparation des deux paroisses.

Pour accueillir les fidèles indigènes et leurs voisins, VENTHON possède une église qui n’est pas vaste mais suffit cependant au service religieux. Cette église a pour titulaire Saint Christophe, fêté le 25 juillet.

La paroisse vénère, le 7 août, comme patron, Saint Donat, mort en 660, qui était le fils de Vandalène, Duc de la Bourgogne tranjurane.

C’est le 29 avril 1728 que l’archevêque de Tarentaise, François Amédée Milliet d’Arvillard consacra à cette église et son maître-autel, et en même temps bénit une cloche.

On l’avait reconstruite en 1717 sur l’emplacement d’une autre plus ancienne, car la paroisse existait dès avant le XIIème siècle. Cette église mesure 20 mètres de longueur sur 10 de largeur et possède trois autels. Le maître-autel a pour retable un tableau représentant Saint Donat et Saint Christophe ; le premier, patron de la paroisse, et le deuxième, titulaire de l’église.

La chapelle de droite est dédiée à Saint Joseph, dont elle possède une statue, elle a comme retable un tableau de Notre-Dame de la Pitié, car c’est sous ce dernier vocable qu’elle est signalée dans un acte du 4 mars 1634.

La chapelle de gauche est celle de la Sainte Vierge. On y voit sa statue et un tableau de Notre-Dame du Rosaire. Cette chapelle existait déjà en 1681, et sa fondation remonte certainement à une date bien antérieure.

Il y avait, en outre, dans la vieille église, une chapelle dédiée à Saint Laurent et Saint Christophe. Un contrat du 3 septembre 1585 la dotait de 10 florins, soit un revenu annuel de 6 sols.

Au XVIIIème siècle, Pierre Delaglière-Colloud eut la pieuse pensée de faire construire, au plan de la Montée, une chapelle sous le vocable de Sainte Brigitte, Saint Aubin, Sainte Jeanne de Chantal et Saint Pierre. C’est la seule chapelle rurale que l’on ait bâtie à VENTHON. L’exiguïté de la paroisse explique ce fait, qui, à première vue, pourrait surprendre.

 


Séparation d’avec Césarches

Quand, vers 1344, on établira le pouillé (catalogue des bénéfices du diocèse), Césarches n’y figurera pas. Si dans le pouillé de 1608, elle est indiquée comme il suit : « Ecclesia parrochialis Sezarchiarum » en fait, Césarches dépendait de VENTHON et son église n’était qu’une chapelle paroissiale que desservit le curé de VENTHON,  et qui dépendait de lui seul. Il n’y avait pas, alors, de curé à Césarches.

Cette situation, on le comprend, ne pouvait plaire aux habitants.

Un essai de réaction eut lieu en 1512. Le seigneur de Césarches était alors noble Georges du Verger ; un de ses fils, qui était clerc, obtint de Rome une bulle pour le rétablissement, en sa faveur, de l’antique paroisse de Césarches. Muni de cette bulle, il adressa une requête à Messire François Trésal, alors chapelain de Césarches, pour être mis « en réelle, actuelle et corporelle possession de la cure et du bénéfice de Saint-Maurice Secherchiarum (Césarches), ainsi que de ses dépendances ». Il ne semble pas que cette demande ait eu des suites sérieuses.

Quand la famille de la Croix de Pradel d’Authurin vint, au début du XVIIème siècle, s’établir dans le pays, elle fit tous ses efforts pour rendre à Césarches son indépendance au point de vue religieux. En effet, en 1653, les communiers de Césarches demandent encore l’érection de leur chapelle en église paroissiale. Cependant, rien n’avait encore été fait pour leur donner satisfaction lorsque, en 1699, Messire Joseph Bal fut nommé recteur de la chapelle Saint-Garin, dans l’église de Césarches.

La volonté des communiers allait, au XVIIIème siècle, s’affirmer de façon plus nette. En 1755, un prêtre du pays, Révérend Claude Molliex, professeur au collège de Moutiers, avait fondé le bénéfice cure. Par son testament du 26 octobre,auprès du notaire Viallet, il avait institué son héritière l’église de Césarches, à l’exclusion de celle de VENTHON, et à condition que « la place de rectoriat soit érigée en bénéfice et qu’il soit procédé à la séparation d’avec celui de VENTHON ».

En conséquence de cet acte, les habitants de Césarches demandèrent, en 1766, l’érection de la paroisse de Césarches, séparée de celle de VENTHON. Leur requête n’aboutit pas. Onze ans plus tard, les héritiers de Révérend Molliex intentèrent un procès aux communiers de Césarches, pour obtenir l’exécution du testament (1777-1781). L’affaire ne fut pas réglée facilement, car le conseil de la communauté de VENTHON s’opposait toujours à la séparation.

Les habitants de Césarches se réunirent donc en assemblée générale, en 1780, et nommèrent des procureurs pour « poursuivre le procès ventilant à l’officialité de Tarentaise entre eux et le syndic du Conseil de VENTHON ». Ce second procès dura de longues années encore. Et ce fut seulement le 3 avril 1789 que, par décret de l’archevêque, la chapelle de Césarches fut séparée de la paroisse de VENTHON et érigée en bénéfice cure et titre d’église paroissiale.

Il ne manquait que le curé. Il fut enfin nommé en la personne du Chevronnais Révérend Jean-Pierre Ract-Russe. Et le 3 juillet 1789, le Sénat de Savoie approuvait la séparation ordonnée par l’Archevêque.

 


La Communauté

L’école de Venthon

La paroisse de VENTHON, au début du XVIIIème siècle, payait toutes ses dîmes à l’archevêché de Tarentaise. Elle payait aussi des servis et redevances féodales aux curés de Conflans et de VENTHON, à Maurice de Pradel d’Authurin, seigneur de Césarches, et aux demoiselles de la Forest de la Barre, à cause de leur fief de Conflans.

Lorsque, à la même date, en 1730-1731, on fit la mensuration des terres pour l’établissement du grand cadastre, on trouva comme surface de VENTHON, 786 journaux, 116 toises, 6 pieds, divisés en 904 parcelles.

Cinquante communiers constituaient alors la communauté. Ils ne payaient aucun droit seigneurial pour la jouissance des biens communaux. Par contre, ils versaient une redevance au baron du Noyer pour le droit d’usage des biens communaux de Conflans qu’ils avaient en commun avec les habitants de cette paroisse.

VENTHON, avant la Révolution, avait une école publique, due à la générosité de deux anciens curés, Révérends Bochet et Favre, qui, dans leurs testaments, avaient fait des legs dans ce but. Le 18 février 1784, Jacques Barchéaux fit donation à la communauté d’une place « pour bâtir une maison destinée à faire l’école ». Le 13 juin 1785, le conseil délibéra sur la construction de l’école ; en août suivant, le devis estimatif du projet était établi et, en 1787, on paya les dépenses faites pour la construction de l’école et les archives. Malheureusement, cinq ans plus tard, le 20 mars 1793, il fallut remettre à la régie de Conflans les créances appartenant à l’école de VENTHON. La Révolution détruisait ainsi l’école qu’avait fondée dans le pays la générosité éclairée de deux prêtres.

 


Un seigneur gentilhomme savoyard

Le pays de VENTHON fut généralement uni, dans le passé, au fief du Châtel sur Conflans ; les deux villages avaient un même et unique seigneur, celui de Châtel.

Le fief du Châtel comprenait le mandement et la commune de VENTHON ; son seigneur avait juridiction sur les chemins publics et les bois noirs ; un péage à VENTHON, le droit d’haute et basse justice ; il percevait en outre des redevances sur ses sujets.

Mais tout cela ne représentait pas un très gros revenu, au XVIème siècle, quand Gabriel de Duyn en était le seigneur. « Accompagné de jeunes garçons, les plus lestes du mandement, il arpentait, par tous les temps, les rudes sentiers de son fief, allant à la grange de la montagne voir ses deux vaches et ses onze brebis, courant après son gibier, visitant ses vassaux. Souvent, il était sur le chemin de Conflans, où il trinquait sans façon à l’auberge avec les paysans venus au marché ». En 1659 et 1660, les descendants de ses filles vendirent pour 4 000 ducatons la seigneurie à François Rey, qui fut bientôt baron du Châtel et du Noyer.

Au siècle suivant, au temps des affranchissements, le successeur de Rey s’appelait Favier, baron du Noyer. Le 11 novembre 1784, il signa un contrat rédigé par Arnaud, notaire, qui stipulait que VENTHON verserait 2 400 livres pour s’affranchir des droits féodaux. Les gens de VENTHON payèrent, en tout, 311 livres. Les lois républicaines liquidèrent le reste.

Voilà pour le passé lointain. Après la Révolution, les éléments en notre possession sont encore beaucoup plus rares. Il reste quelques traces du règne du Royaume de Sardaigne, et en particulier une mappe cadastrale qui a d’ailleurs été rénovée il y a quelques années. Venthon fut fortement marqué par son industrialisation, dont l’histoire commença en 1889.


VENTHON 1889 - 1989

L’histoire industrielle commença à VENTHON en 1889, Armand AUBRY installa une centrale électrique sur le Doron de Beaufort pour la fabrication de sa pâte à papier. Il céda ses installations à la Société Electrométallurgique du Sud-est en 1906, laquelle mit en service son usine d’aluminium en 1908 et l’arrêta en 1911 au regard de la mévente du métal. Cette Société se trouva donc dans l’obligation de vendre aux Forges et Aciéries Paul GIROD. Celles-ci conservèrent la fabrique d’électrodes puis engagèrent la fabrication de carborundum de 1920 à 1947.

La Société d’Electrochimie, d’Electrométallurgie et des Aciéries Electriques d’Ugine reprit à VENTHON la fabrication de l’aluminium en 1926. La crise de 1931 arrêta à nouveau l’usine. L’activité reprit en 1936 avec une nouvelle série de cuves (25 000 ampères). Une étape intermédiaire fut réalisée en 1956 (50 000 ampères). Les cuves de 70 000 ampères à anodes précuites remplacèrent les cuves Söderberg en 1965. Par la suite, la Société Péchiney a encore amélioré la performance de ses cuves.

Les besoins croissants en énergie des Sociétés précitées, les amenèrent à équiper rationnellement le Doron de Beaufort et ses affluents par des centrales électriques, et pour le transport d’énergie des lignes de haute tension raccordées au poste 10/42/150 kilovolts de VENTHON (lequel a été renouvelé en 1970 par E.D.F. - C.R.T.T.).

Après la nationalisation de l’électricité en 1948, E.D.F. construisit son atelier d’entretien pour les centrales du G.R.P.H. « Savoie ». La politique de renouvellement et de modernisation engagée par E.D.F. commença à VENTHON par la mise en service de deux groupes verticaux de 5 560 kilowatts en 1951. L’atelier de VENTHON continua ses recherches pour améliorer la tenue à l’usure des matériaux et les performances des travaux de réparation notamment par la robotique.

Dans les communes situées à une vingtaine de kilomètres autour des usines, où les petites propriétés sont les plus nombreuses, les hommes allaient travailler généralement à l’usine ; les factions leur permettaient de consacrer chaque jour plusieurs heures aux travaux qui exigeaient la main d’œuvre masculine, et ainsi les petites fermes continuaient à vivre, les habitations etaient modernisées et l’émigration lointaine etait stoppée.

Pour la commune, les années suivante virent naître d’intéressantes améliorations (réseaux d’eau, routes, logements, bâtiments communaux, environnement, loisirs,...) ; l’avenir laissait envisager d’autres réalisations.

Ce fut en 1989, l’occasion de fêter ce centenaire avec en particulier un partenariat avec La Poste pour une oblitération d’un timbre en tirage limité. Centenaire qui correspondait aussi au déclin de la mono-industrie liée à la Houille Blanche et qui conduisit la commune qui comptait à cette époque 450 emplois industriels à constater la désindustrialisation inéluctable qui mena en 1994 au démantèlement de l’Unité d’Electrolyse de Péchiney. Quelques années plus tard, elle fût suivie du départ du Centre de réparations des turbines des centrales des Alpes du Nord. La boucle fut bouclée en 2003 avec la fermeture de la Fonderie ALCAN (ex Péchiney) et avec le rapatriement des antennes CEZUS sur Ugine.

 


Retour en images

Cartes-Postales